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La fibromyalgie

La fibromyalgie (FM) est un syndrome rhumatismal caractérisé par un état douloureux musculaire diffus, évoluant de façon chronique, associé à une fatigue, un dérouillage matinal, des troubles du sommeil et de l’humeur, la présence de points douloureux caractéristiques à la palpation et divers autres symptômes. 

Il s’agit d’une affection fréquente mais malheureusement encore largement méconnue. Il s'agit typiquement d'une femme de la cinquantaine consultant pour des douleurs diffuses « j’ai mal partout ! » évoluant depuis des années, et il est classique de recevoir ces patientes avec de gros dossiers contenant une multitude d’examens complémentaires (tous normaux) et une pile d’ordonnances (toutes jugées plus ou moins inefficaces).

Le diagnostic est cependant très facile et repose uniquement sur la clinique. Ce n’est pas un diagnostic d’élimination : la FM peut coexister avec toute autre pathologie.

On retrouve cette maladie partout dans le monde. La prévalence est autour de 2% dans la population générale, 2 – 5,7 % des consultations de médecin généraliste et de 14 - 20% des consultations de rhumatologie. Elle représente actuellement le 3eme « rhumatisme » pris en charge par les rhumatologues. Elle touche la femme dans 80 – 90% des cas le plus souvent entre 30 et 60 ans mais peut se rencontrer aussi chez l’homme et chez l’enfant.

Les douleurs sont souvent perçues comme venant des muscles, parfois aussi des articulations et parfois plus profondes « tous mes os me font mal ! ». Les douleurs sont souvent bilatérales et diffuses, avec parfois cependant prédominance d'un hémicorps par rapport à l'autre. La plupart des personnes souffrant de FM se plaignent d’avoir le cou, les épaules, les régions dorsales hautes et basses ainsi que les hanches douloureux et raides. Une acrocyanose, des fourmilleents des doigts voire une sensation de doigts boudinés sont souvent rapportés. Les douleurs sont souvent fluctuantes, tant au niveau intensité qu'au niveau localisation, en fonction des différentes journées de la semaine. Elles sont par ailleurs très variables dans la description des sensations perçues. Les douleurs sont souvent plus importantes le matin et s'accompagnent de raideur musculaire, diminuant entre 11 heures le matin et 15 heures l'après-midi. Elles peuvent augmenter lors de certaines activités physiques et surtout s'amplifier après celles-ci. Ces douleurs sont aussi favorisées par le surmenage, le mauvais temps, l'anxiété, avec des phases de rémission relative, contemporaines des périodes de bien-être psychophysique (vacances - temps chaud).

D’autres douleurs peuvent être rencontrées :

  • douleurs faciales (céphalées de tension, névralgies d'Arnold, douleurs temporo-mandibulaires, douleurs oculaires ...) ;
  • douleurs pariétales thoraciques souvent vécues avec angoisse par le patient (souvent bilatérales, accentuées par la pression des muscles intercostaux) ;
  • douleurs abdominales souvent pariétales, accompagnées de crampes, avec alternance diarrhée et constipation (côlon irritable), douleurs souvent diminuées par l'évacuation intestinale ;
  • douleurs ou inconforts au niveau de la sphère urinaire, avec parfois symptômes de vessie irritable (avec dysurie, pollakiurie, fuites urinaires...).

La fatigue est un élément majeur du diagnostic, il s'agit souvent d'un état de fatigabilité anormal, pour des tâches physiques et/ou mentales banales.

Les patients fibromyalgiques rapportent un sommeil non réparateur qui pose un problème à pratiquement 80 % des patients atteints, malgré le fait qu'ils dorment parfois plus de 8 heures d'affilée. Beaucoup se plaignent d’un sommeil léger avec plusieurs réveils nocturnes.

On retrouve des antécédents de dépression dans 50 % à 70 % des cas de FM. En revanche, seulement de 18 % à 36 % des patients souffrent à la fois de FM et de dépression. Les symptômes de fatigue, de troubles du sommeil et de problèmes cognitifs sont communs aux deux maladies. Les comorbidités comme la céphalée, la fatigue chronique, le côlon irritable et le syndrome prémenstruel sont aussi fréquents dans les deux maladies. On parle de « spectre des syndromes dysfonctionnels » qui se chevauchent et ont des caractères communs

Il s’agit donc d’un diagnostic clinique ne nécessitent aucun examen complémentaire: la FM a été définie selon l’ACR en 1990 par la présence de douleur musculaire diffuse (les 4 membres et le tronc), avec douleur à la pression digitale de 11 points sur 18 (points gâchettes siégeant sur les insertions tendineuses). Cette symptomatologie clinique doit subsister plus de trois mois.

Une consultation chez le rhumatologue est nécessaire pour éliminer devant un tableau douloureux diffus, tout ce qui est différent de la FM. Les principaux diagnostics différentiels sont les rhumatismes inflammatoires chroniques (essentiellement la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome de Gougerot-Sjögren, les spondylarthropathies, le lupus et les myosites), l’ostéomalacie, l’hypothyroïdie, l’hyperparathyroïdie, le diabète phosphoré, la maladie de Parkinson ou une polyneuropathie.

Divers facteurs « étiologiques » peuvent être incriminés, qu’il est commode, quoique assez artificiel, de classer en facteurs prédisposants, précipitants, et d’entretien :

• les facteurs prédisposants comprennent les expériences passées de maladies organiques et traumatismes psychologiques et les traits de personnalité, ainsi que les antécédents de dépression (plus fréquents chez les asthéniques chroniques et les fibromyalgiques que la dépression actuelle) ;

• les facteurs précipitantspeuvent être infectieux, traumatiques (par exemple, un traumatisme cervical inaugural est parfois retrouvé chez les fibromyalgiques), ou des facteurs de stress non spécifiques (événements de la vie tels les séparations : départ des enfants du foyer pour études ou mariage ou décès d’un conjoint par exemple, épuisement professionnel, etc...) ;

• parmi les facteurs d’entretien et de renforcement se placent des facteurs physiologiques (dont le rôle est important dans le cas de la FM) comme les troubles du sommeil et le déconditionnement musculaire, des facteurs psychologiques (démoralisation, perte de confiance, crainte de souffrir d’une maladie grave, croyances erronées sur les symptômes corporels), et des facteurs sociaux (statut social de malade comportant d’éventuels bénéfices secondaires, difficultés professionnelles, litiges avec les organismes sociaux) ;

Plusieurs hypothèses sont évoquées pour tenter d’expliquer cette maladie, mais aucune n’apporte encore de réponse définitive. On suggère présentement que la FM résulte d’interactions complexes entre des stresseurs externes, des construits comportementaux, des perturbations hormonales, des neurotransmetteurs et des systèmes sympathique et immunitaire. Il en résulte un abaissement du seuil douloureux et le syndrome polyalgique diffus caractéristique.

Traitement : bien qu’il ne soit pas curatif, un ensemble de mesures pharmacologiques et non pharmacologiques améliore l’état d’environ 80 % des patients. Les formes les plus graves auront besoin d’équipes multidisciplinaires et souvent d’aide psychiatrique et psychocomportementale.

  • Les mesures pharmacologiques :
  • les antidépresseurs sont la classe médicamenteuse qui a montré le plus d’efficacité dans cette affection. Ils sont utilisés à des doses moins importantes que dans la dépression maladie. Les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens, pourtant largement prescrits s’avèrent régulièrement peu ou pas efficaces. Les corticoïdes doivent être évités. Les anxiolytiques et les décontracturants peuvent être utilisés pour de courtes durées. Les opiacés doivent également être évités. 
  • Les mesures non pharmacologiques:
  • la physiothérapie antalgique est intéressante par son action sédative et décontracturante musculaire permettant un soulagement temporaire. Plusieurs techniques peuvent être utilisées : application de chaleur, électrothérapie, vibrothérapie (ultrasons), massages doux. L’exercice musculaire et le reconditionnement à l’effort peuvent être intéressants s’il sont supportés. L’aquagym et la balnéothérapie peuvent être d’appoint au début. Les techniques de relaxation sont également très utiles dans la prise en charge de la FM.

Pr. A. El Maghraoui